BERNARD MARCELIS

art press n° 304, septembre 2004, p.86.

Quand on sait que des peintres comme Vermeer et Morandi figurent parmi les références de la vidéaste Edith Dekyndt, on devine que travailler sur le temps et la lumière - sans oublier l'espace - devient un impératif évident.
C'est d'ailleurs à l'espace que se confronte d'abord le visiteur, celui de la grande halle de BPS 22, pour la première fois intégralement dégagée. C'est un véritable défi que de montrer dans ce lieu une exposition vidéo sans qu'il s'agisse de grandes projections dans des espaces cubiques obscurcis ; ici, la scénographie se limite à la disposition de quelques moniteurs aux murs et sur le sol. Nous sommes en juin, la lumière est au zénith des grandes verrières non occultées, les images s'estompent et s'effacent dans des nuances de gris qui se confondent avec le sol en béton. Etrange et incomparable expérience, rarissime pour ce type d'exposition, d'une mise en relation de la lumière émanant des écrans et de celle qui inonde le bâtiment.
Contrairement à ce que tout laisse supposer, le visiteur est confronté à une œuvre intimiste, sobre et discrète qu'il convient d'approcher presque en silence, en faisant appel à sa perception sensorielle.
Dekyndt travaille sur la mémoire en explorant la notion de disparition ; elle nous parle moins du défilé du temps que de sa suspension, moins de l'image que de son effacement, moins des paysages que de leur renouvellement. A partir de ces images quotidiennes qui se sont estompées, et de ces phénomènes physiques (comme l'électricité statique qu'elle rend visibles, Edith Dekyndt ne cesse d'opérer des allées et venues dans le champ de la mémoire. Pour elle, l'outil visuel de la vidéo s'est transformé en un véritable langage.
Dekyndt ne dénonce ni ne magnifie les éléments les plus banals de notre quotidien visuel, mais elle les pousse à l'extrême de leur vacuité, en les dissolvant pour n'en garder qu'une trace lumineuse, les condensant en un halo bleuté dont l'énigmatique vibration diaphane laisse place à l'imaginaire.
On retrouve cette même économie de moyens dans la disposition minutieuse des œuvres dans l'espace comme dans la mise en page du catalogue.